Il reste immobile, au milieu d'un jardin
Les deux ailes bien rangées dans son dos,
Encore pleines de duvet, rosé par le soleil qui se lève.
Un Ange,
Les mains tendues vers le ciel,
Comme un oisillon perdu loin de son nid
Réclamant sa mère, braillant comme un bébé.
Il est aussi haut qu'une pomme, sa tête dépasse à peine
Des longues brindilles d'herbes encore humides en ce tôt matin.
Il attend toujours. Puis il aperçut une fleur jaune,
Et comme un enfant qui ne sait encore rien de la vie,
Trempé d'innocence,
Il se dirige vers elle et leva les bras vers ses pétales brillantes,
Comme pour lui demander de le prendre dans ses bras.
Le vent se leva soudainement, la fleur se mit à vaciller,
Et sur l'Ange y renversa l'eau de pluie, comme pour lui dire
De reculer, de s'en aller loin d'ici avant qu'il n'arrive une chose épouvantable,
On ne sait quoi...
L'Ange tendait toujours ses bras vers la fleur, mais dans ses yeux
Se dessinaient des larmes qu'on ne perçut même pas
Tant il était trempé.
Il recula puis s'assit sur un caillou, au milieu du grand jardin.
Un peu plus loin, on percevait comme un gros bourdonnement.
Un moteur. L'Ange, lui, n'entendait rien, il était sourd, en plus d'être muet.
Le moteur s'approchait de lui, derrière son dos. Il sentit la terre trembler
Sous ses minuscules pieds, au fur et à mesure que la chose l'approchait.
Brusquement il se leva,
Mais ce fut déjà trop tard. Derrière lui, la fleur jaune dont il voulait de la tendresse
S'était déjà faite broyée, coupée en rondelle par l'immense tondeuse.
L'Ange n'eut pas le temps de se retourner, la tondeuse lui fractionna les ailes,
Qui volèrent dans les airs, comme lors des batailles d'oreillers,
Puis ses membres, puis le reste.
Tout n'était plus qu'éparpillement de chair, de parts et d'autres du jardin.